Violence politique : le danger réel des groupuscules antifas
Le 14 février 2026, un jeune homme de 23 ans est mort à Lyon. Quentin Deranque a été roué de coups par une trentaine d’individus, dans la rue, en pleine nuit. Ses agresseurs présumés appartiendraient à la Jeune Garde, groupe antifasciste pourtant dissous par décret neuf mois plus tôt. Un groupe dissous. Qui frappe encore. Qui tue.
Un mouvement qui se cache derrière un mot vertueux
Le mot « antifascisme » est l’un des plus puissants que l’on puisse invoquer en politique. Il convoque la Résistance, les martyrs, les combats légitimes contre les régimes totalitaires. Personne ne veut être contre l’antifascisme. C’est précisément ce que comptent sur ce bouclier sémantique les groupuscules qui opèrent derrière ce label.
Ce que l’on appelle aujourd’hui les antifas en France ne désigne pas le voisin engagé qui distribue des tracts contre le RN. C’est une nébuleuse d’ultra-gauche, sans structure démocratique, sans mandat populaire, sans compte à rendre à personne. Une galaxie de groupes qui légitiment la violence physique comme outil politique, qui désignent des ennemis, et qui frappent. La confusion entre ces deux réalités, le militant antiraciste ordinaire et l’activiste organisé pour l’action directe violente, n’est pas un accident. Elle est entretenue, et elle sert.
La Jeune Garde : de la création à la dissolution
La Jeune Garde est fondée en 2018 à Lyon, sous l’impulsion de Raphaël Arnault, qui deviendra quelques années plus tard député La France Insoumise. Le groupe se constitue rapidement en réseau national, multiplie les apparitions à Paris comme en province, et s’impose comme la vitrine médiatique de la mouvance antifa française. Le gouvernement lui impute 11 agressions documentées et plusieurs de ses membres figurent dans les fichiers des services de renseignement.
En juin 2025, le Conseil des ministres prononce sa dissolution. L’acte est signé, le communiqué est publié, les caméras tournent. Mais neuf mois plus tard, en février 2026, ses membres présumés se retrouvent en groupe, armés, dans les rues de Lyon. La dissolution administrative n’a pas désorganisé le réseau. Elle n’a pas rompu les liens. Elle n’a visiblement pas dissuadé grand-monde.
Le 14 février 2026 : le soir où Lyon a basculé
Ce soir-là, une conférence de Rima Hassan se tenait à Lyon. Un groupe de militants nationalistes, dont Quentin Deranque, 23 ans, était présent aux abords. Des membres présumés de la Jeune Garde assuraient ce que l’on appelle pudiquement « la sécurité » de l’événement. Le terme mérite d’être pesé : une trentaine d’individus, armés de barres de fer et d’autres objets contondants, ont encerclé un groupe nettement moins nombreux.
Quentin Deranque est mort des suites de ses blessures. Plusieurs suspects ont été formellement identifiés et mis en examen pour homicide volontaire. Parmi les interpellés figure Jacques-Élie Favrot, assistant parlementaire du député Raphaël Arnault. Ce n’est pas un détail. C’est le cœur du problème.
Une organisation structurée, pas des « débordements »
Le mot « débordement » revient systématiquement dans la bouche des commentateurs indulgents. Comme si la violence était accidentelle, ponctuelle, non désirée. Ce que révèlent les rapports des services de renseignement et les exposés parlementaires dresse un portrait radicalement différent : celui d’une organisation méthodique.
Ces groupes fonctionnent en cellules locales autonomes mais coordonnées, communiquent via des messageries chiffrées, effectuent des repérages préalables de leurs cibles, et se déplacent d’une ville à l’autre selon les besoins opérationnels. Ce ne sont pas des bandes de jeunes en colère. Ce sont des structures rodées, avec des méthodes, des rôles définis, et une logistique.
Voici un aperçu des principaux groupuscules actifs ou récemment dissous sur le territoire français :
| Nom du groupuscule | Ville d’ancrage | Année de création | Statut juridique actuel |
|---|---|---|---|
| Jeune Garde | Lyon (réseau national) | 2018 | Dissous (juin 2025), réseau actif de facto |
| Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFA-PB) | Paris | 2008 | Actif, non dissous |
| Groupe Antifa Lyon et Environs (GALE) | Lyon | Années 2010 | Actif, non dissous |
| AFA Nantes | Nantes | Années 2010 | Actif, non dissous |
| AFA Marseille | Marseille | Années 2010 | Actif, non dissous |
Le canal Antifa Squads et la fabrique de la violence en ligne

Depuis 2021, un canal baptisé Antifa Squads relaie sur les réseaux sociaux les actions des groupes antifas parisiens et lyonnais, cogéré notamment par des cadres de l’AFA Paris-Banlieue et de la Jeune Garde. Ce canal ne se contente pas d’informer. Il revendique, met en scène, glorifie. Une vidéo d’agression devient une victoire politique. Une attaque ciblée devient une démonstration de force.
Cette communication remplit deux fonctions simultanées : elle recrute en attirant de jeunes militants séduits par l’esthétique du rapport de force, et elle intimide les adversaires désignés en leur signifiant qu’ils sont observés, ciblés, atteignables. Ce n’est pas de la propagande maladroite. C’est une stratégie de terreur diffuse, efficace, et protégée derrière le bouclier symbolique de l’antifascisme.
Quand la politique couvre la violence
Raphaël Arnault a cofondé la Jeune Garde en 2018. Il siège aujourd’hui à l’Assemblée nationale sous l’étiquette La France Insoumise. Son assistant parlementaire, Jacques-Élie Favrot, a été interpellé dans le cadre de l’enquête sur la mort de Quentin Deranque et cité dans des mises en cause directes. Un élu de la République dont le collaborateur officiel est suspecté d’avoir participé à un lynchage mortel.
La question n’est pas rhétorique : jusqu’où une démocratie peut-elle tolérer qu’un représentant du peuple entretienne des liens institutionnels avec un groupe dissous pour violence répétée ? La réponse que nous choisissons d’apporter, ou de ne pas apporter, dit quelque chose sur l’état réel de notre État de droit.
En Europe, le même problème, les mêmes angles morts
En 2023, une proposition de résolution déposée au Parlement européen a demandé l’inscription du mouvement Antifa sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Elle n’a pas été adoptée. Outre-Atlantique, sous la présidence de Donald Trump, un décret a formellement désigné Antifa comme organisation terroriste intérieure aux États-Unis. La divergence de traitement transatlantique est saisissante.
Sur le continent, les connexions entre groupes ne sont pas que symboliques. Des militants se déplacent entre la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour participer à des actions coordonnées. Des méthodes circulent, des formations se tiennent, des tactiques quasi militaires s’exportent. Le Sénat français l’a documenté noir sur blanc dans un exposé des motifs : la dimension transnationale de ces mouvances est réelle, structurée, et largement ignorée par les gouvernements européens.
Bilan 2024 : des chiffres que personne ne cite
L’Observatoire des violences a compilé, pour l’année 2024, un recensement minutieux des actes imputables à l’extrême gauche en France. Ces données sont publiques. Elles circulent peu, très peu, dans les grands médias. Au total, 173 actes ont été répertoriés, avec la précision que ce bilan constitue une estimation basse, de nombreux actes n’étant pas médiatisés ou revendiqués.
La répartition de ces actes révèle un spectre d’action large et méthodique :
- 55 violences physiques : agressions ciblées contre des opposants politiques, des policiers, avec usage d’armes par destination
- 72 dégradations de biens : saccages de commerces, incendies, tags sur des permanences politiques et des bâtiments officiels, sabotage d’infrastructures
- 32 manifestations illégales significatives : contre-manifestations non déclarées, blocages, tentatives d’empêcher des réunions légales
- 14 faits divers : apologie de la violence, faits de mœurs, drogues
Parmi les épisodes les plus révélateurs, près de Nantes, à deux reprises en 2024, plus d’une centaine d’antifas ont tenté d’attaquer des réunions du Rassemblement national. À chaque fois, un dispositif policier surchargé a dû s’interposer physiquement pour éviter la confrontation directe. Ce sont des tentatives d’empêcher, par la force, l’exercice d’une activité politique légale. Pas des débordements. Des opérations.
La dissolution : un outil suffisant ?
La dissolution administrative est présentée comme une réponse ferme. Elle l’est, sur le papier. Dans les faits, elle interdit un nom, une bannière, un compte bancaire. Elle ne démantèle pas les réseaux humains, les canaux chiffrés, les liens d’affinité tissés sur des années. La Jeune Garde en est la démonstration la plus brutale : dissoute en juin 2025, elle a continué à se mobiliser, à se coordonner, à frapper. Son principal résultat visible, c’est la mort d’un jeune homme huit mois plus tard.
La loi française permet la dissolution. Elle ne permet pas la surveillance préventive systématique des membres d’un groupe dissous qui se reforment sous d’autres noms, via d’autres canaux, dans d’autres villes. Ce vide juridique est connu. Il est documenté. Des propositions existent pour le combler, portées notamment au Sénat. La vraie question n’est pas de savoir si l’outil est insuffisant. La vraie question est de savoir pourquoi, depuis des années, personne ne s’est décidé à l’améliorer.
On ne neutralise pas la violence en fermant les yeux sur ce qu’elle est réellement.












































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