Bruno Bilde et Julien Odoul : leur relation au sein du RN
Alexf933, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
L’un a grandi politiquement dans les terrils du Pas-de-Calais, l’autre a traversé le PS, le Nouveau Centre et l’UDI avant de poser ses valises à l’extrême droite. Rien, sur le papier, ne prédestinait Bruno Bilde et Julien Odoul à se croiser, encore moins à se lier. Et pourtant, entre ces deux hommes s’est tissé quelque chose de discret, de fonctionnel, et finalement révélateur de la façon dont le RN fabrique ses cadres.
De la collaboration à la confiance : comment tout a commencé
Nous sommes en 2017. Julien Odoul vient de perdre les élections législatives dans la troisième circonscription de l’Yonne, avec 44,41 % des suffrages au second tour. Un score honorable, une défaite quand même. Pour beaucoup, c’est là que s’arrête l’ambition. Pour lui, c’est le début d’une autre étape. Il devient assistant parlementaire à mi-temps de Bruno Bilde, alors fraîchement élu député du Pas-de-Calais dans la douzième circonscription.
Ce contrat n’est pas anodin. Dans l’organisation interne du RN, accéder à l’Assemblée nationale comme collaborateur d’un élu, c’est mettre un pied dans la machine. Bilde n’est pas seulement un employeur administratif. Il est, de fait, un parrain, quelqu’un qui ouvre une porte vers Paris, vers les couloirs du pouvoir législatif. Odoul l’a compris. La relation qui s’installe alors dépasse largement le cadre d’un contrat de travail.
Deux profils, un seul parti
Pour saisir ce que représente leur tandem, encore faut-il mesurer à quel point leurs trajectoires divergent. Bilde adhère au Front national à l’âge de 15 ans, en 1991. Odoul, lui, débute au Parti socialiste, puis passe par le Nouveau Centre, puis par l’UDI, avant de rejoindre le FN en 2014. L’un a construit sa légitimité dans la durée, l’autre a changé de camp à plusieurs reprises avant de trouver son ancrage.
| Bruno Bilde | Julien Odoul | |
|---|---|---|
| Né en | 1976, Laxou (Meurthe-et-Moselle) | 1985, Sens (Yonne) |
| Parcours politique | FN dès 1991, toujours au sein du même parti | PS, Nouveau Centre, UDI, puis FN en 2014 |
| Territoire | Pas-de-Calais (12e circonscription) | Yonne (3e circonscription) + Bourgogne-Franche-Comté |
| Profession | Juriste | Consultant, ancien mannequin, chercheur en droit militaire |
| Style médiatique | Discret, ancré dans le terrain | Très exposé, porte-parole national depuis 2021 |
| Rôle dans le parti | Vice-président du groupe RN à l’Assemblée | Porte-parole du RN, nommé par Marine Le Pen |
Ce tableau illustre une chose assez nette : Bilde incarne la continuité, la fidélité de long terme, celle qui forge une crédibilité lente mais solide. Odoul, lui, représente une autre forme de valeur ajoutée pour le parti, celle de la visibilité, du verbe, du plateau télé maîtrisé. Deux outils différents, une même boîte à outils.
L’affaire des assistants parlementaires : un moment de vérité
C’est précisément au moment où Odoul est mis en examen pour recel de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national qu’il travaille légalement comme collaborateur de Bilde à l’Assemblée nationale. La mise en examen remonte à 2017-2018. Les reproches formulés par la justice : entre 2014 et 2015, Odoul aurait bénéficié d’un emploi fictif d’assistant auprès d’une eurodéputée frontiste, Mylène Troszczynski, pour une rémunération totale de 56 000 euros, alors qu’il travaillait en réalité comme conseiller spécial de Marine Le Pen.
Ces deux emplois sont distincts et ne doivent pas être confondus. Mais la chronologie interpelle : au moment même où la justice s’intéresse à la nature réelle de son travail au Parlement européen, Odoul sécurise un contrat légal et documenté à l’Assemblée nationale française, aux côtés de Bilde. Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris condamne Odoul à huit mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité sans exécution provisoire, pour recel. Il annonce faire appel dans la foulée, conservant ainsi ses mandats. En janvier 2026, son procès en appel se tient à Paris, où il plaide la négligence, avec une certaine difficulté selon les observations d’audience.
Pour mémoire, voici les condamnations prononcées lors du jugement en première instance dans cette affaire pour quelques figures du parti :
- Marine Le Pen : 4 ans de prison dont 2 ans ferme, 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, 100 000 euros d’amende
- Louis Aliot : 12 mois de prison avec sursis, 2 ans d’inéligibilité avec sursis
- Julien Odoul : 8 mois de prison avec sursis, 1 an d’inéligibilité sans exécution provisoire
- Wallerand de Saint-Just : 3 ans de prison dont 1 an ferme, 3 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, 50 000 euros d’amende
- Le RN (parti) : 2 millions d’euros d’amende dont 1 million ferme
Une relation dans l’ombre d’un parti qui monte
Au fil des années, leur lien évolue avec la trajectoire du RN lui-même. Odoul ne reste pas dans l’ombre de Bilde, il s’en émancipe. Nommé porte-parole du parti par Marine Le Pen en 2021, il devient l’une des voix les plus visibles du mouvement, présent sur tous les plateaux, défendant Jordan Bardella lors des attaques médiatiques, porté par la vague électorale des européennes de 2024. Bilde, lui, reste au fond, solide, utile, discret.
Ce schéma n’est pas un hasard. Le RN fonctionne sur un réseau de loyautés internes où les ascensions passent rarement par une simple élection. On gravit les échelons parce qu’on a été repéré, accompagné, introduit par quelqu’un. Bilde a joué ce rôle pour Odoul. Ce type de parrainage discret structure le parti autant que ses statuts officiels. La relation entre les deux hommes illustre une méritocratie filtrée, où le talent compte, mais où la confiance accordée par un cadre établi ouvre des portes que le talent seul ne suffit pas à forcer.
Ce que leur tandem dit du RN aujourd’hui
Bilde et Odoul ne sont pas seulement deux élus RN parmi d’autres. Ils représentent deux générations, deux grammaires politiques que le parti a appris à articuler ensemble. Bilde incarne le militant de la première heure, celui qui a construit le RN brique par brique dans des villes ouvrières, sans caméra, sans hashtag. Odoul représente le cadre de la transition, formé dans plusieurs familles politiques, rodé à la communication de masse, capable de tenir face à un journaliste hostile pendant vingt minutes sans ciller.
Leur relation ne relève pas du simple fait divers biographique. Elle révèle un modèle de transmission que le RN a perfectionné au fil des décennies : les anciens repèrent, les nouveaux brillent, et personne ne monte seul. Au RN, on est toujours, d’une façon ou d’une autre, le fils politique de quelqu’un.












































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