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Cory Le Guen et la justice : Retour sur son passé et ses condamnations pénales

Il se présente comme journaliste, défenseur des oubliés du système carcéral. Pourtant, quand on ouvre son casier judiciaire, on trouve sept pages et dix-neuf condamnations. Nous avons voulu comprendre comment un tel parcours pouvait coexister avec une carte de presse, des passages télé et même une tentative de carrière politique. Vous allez découvrir un dossier qui interroge autant sur l’homme que sur notre propre crédulité collective.

Un casier judiciaire hors norme : les chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Le chiffre à lui seul devrait suspendre toute conversation sur sa légitimité médiatique. Dix-neuf condamnations, un casier long de sept pages, des faits qui s’étalent sur plus de deux décennies. Son propre avocat a reconnu que les trois quarts d’entre elles remontaient à des faits commis entre 2003 et 2006, jugés plus tard. La majorité concerne des escroqueries, des vols et des usurpations d’identité, un triptyque qui dessine une méthode plutôt qu’un accident de parcours.

Voici un aperçu des principales décisions de justice qui jalonnent son parcours :

AnnéeNature des faitsPeine prononcée
2018Usurpation d’identité (neveu de Brigitte Macron)30 mois dont 18 avec sursis
2023 (février)Faux CV, fausses lettres de recommandation (faits de 2015-2016)Jugement rendu en mars
2023 (mars)Escroquerie en récidive, faux CV, fausses factures8 mois avec sursis, 28 000 euros d’indemnités

Ces trois lignes ne racontent pourtant qu’une fraction de l’histoire. Ce qui frappe, au-delà des peines, c’est la constance du procédé.

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De l’usurpation d’identité à la fausse parenté avec Brigitte Macron

En 2018, Cory Le Guen s’est fait passer pour le neveu et directeur de cabinet de Brigitte Macron. L’objectif était clair : décrocher des avantages dans des hôtels de luxe et obtenir des places pour des courses de Formule 1. Il ne s’est pas contenté de ce rôle : il a également usurpé l’identité d’un magistrat du parquet de Paris et celle d’un représentant du roi de Thaïlande. Un inventaire de personnages qui donne le vertige.

Cette affaire lui a valu 30 mois de prison dont 18 avec sursis. Mais l’élément le plus révélateur reste ailleurs. Une expertise psychologique menée cette même année a conclu qu’il présentait le profil d’un menteur pathologique. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est une expertise judiciaire. Difficile, dès lors, de parler de naïveté ou d’égarement passager. Ce que l’on observe ressemble davantage à un système rodé, réactivé encore et encore.

Les faux CV et fausses factures : l’escroquerie comme réflexe

Rebelote en 2023. Cory Le Guen est jugé pour des faits remontant à 2015 et 2016 : rédaction de faux CV, fausses lettres de recommandation, fausses factures. Le tribunal judiciaire de Paris l’a reconnu coupable d’escroquerie en récidive, une qualification qui n’a rien d’anodin puisqu’elle suppose une répétition assumée du même mode opératoire.

Le verdict tombe le 9 mars 2023 : huit mois d’emprisonnement avec sursis, assortis de 28 000 euros d’indemnités à verser aux victimes. Le parquet avait pourtant requis deux ans de prison avec sursis. Sur les réseaux sociaux, l’intéressé a minimisé l’affaire, la qualifiant de vieille histoire remontant à huit ans. Nous trouvons cette relativisation particulièrement mal placée face à des victimes réelles et une indemnisation bien concrète.

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Le costume de journaliste : une reconversion ou un nouveau rôle à jouer ?

Face au tribunal, Cory Le Guen ne se présente plus comme le neveu de qui que ce soit. Il endosse un costume plus respectable, celui de journaliste indépendant spécialisé dans le milieu carcéral. Un choix qui interroge légitimement, puisqu’il connaît ce milieu de l’intérieur, y ayant lui-même séjourné.

La suite lui donne tort sur le plan professionnel. Selon une information du média Les Jours, le renouvellement de sa carte de presse a été refusé pour 2023. Nous ne pouvons nous empêcher d’y voir une forme de cohérence judiciaire : quand on accumule autant de fausses identités, la profession qui exige la vérification des faits ferme logiquement sa porte. Le rideau tombe sur ce rôle-là, même si l’homme, lui, continue de se réinventer ailleurs.

L’épisode Damien Rieu et le buzz comme bouclier

Quelques semaines avant son procès de février 2023, Cory Le Guen s’est offert une séquence médiatique remarquée. Il s’est filmé en train de piéger Damien Rieu, figure du parti Reconquête, en simulant une prière musulmane dans l’enceinte même du tribunal de Paris. La vidéo a circulé, le buzz a suivi, et son visage s’est retrouvé sur les plateaux.

Le timing ne relève pas du hasard selon nous. Provoquer un coup d’éclat médiatique juste avant une audience pénale, cela ressemble fort à une stratégie de communication plutôt qu’à un exercice journalistique désintéressé. La lumière projetée sur l’homme masque, au moins temporairement, l’ombre du casier judiciaire qui l’attend au tribunal.

La tentative politique : quand l’opportunisme change de terrain

En 2024, changement de décor. Cory Le Guen tente une incursion en politique en visant une investiture pour les élections à Saint-Barthélémy et Saint-Martin, sous l’étiquette Les Écologistes. La direction nationale du parti n’a pas validé cette candidature et l’a publiquement désavouée, contraignant l’intéressé à retirer sa candidature.

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On retrouve ici un schéma qui devient familier au fil de ce dossier : investir des espaces de légitimité, journalisme hier, politique aujourd’hui, pour continuer d’exister publiquement. Un passé judiciaire aussi chargé devrait fermer bien des portes. Chez lui, il semble plutôt ouvrir de nouvelles fenêtres.

Ce que ce parcours dit de nos failles collectives

Nous refusons de réduire ce dossier à un simple fait divers pittoresque. Si Cory Le Guen a pu se maintenir aussi longtemps dans le paysage médiatique, puis tenter une carrière politique malgré dix-neuf condamnations, c’est aussi parce que nos mécanismes de vérification restent poreux. Notre fascination collective pour les personnages ambigus, capables de retourner une situation à leur avantage, y joue également un rôle qu’on aurait tort de sous-estimer.

Le vrai talent de Cory Le Guen n’est pas le mensonge : c’est notre incapacité collective à ne pas le croire.

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