Le Collectif Némésis face au féminisme de gauche : le choc
Nous avons tous en tête ces images de cortèges #NousToutes, pancartes violettes serrées les unes contre les autres, slogans rodés, ambiance codifiée. Puis, soudain, une banderole blanche surgit, tenue par quelques jeunes femmes, drapeau français sur les joues, accusant l’immigration d’être au cœur des violences faites aux femmes. Les huées montent, des militantes tentent de les repousser, la tension devient presque physique. C’est dans cette fracture-là que s’inscrit le Collectif Némésis, ce féminisme identitaire de droite dure qui ne cherche pas à plaire, mais à bousculer, quitte à faire exploser tous les repères du féminisme de gauche.
En nous mettant à votre place, nous voyons bien le malaise : d’un côté, un féminisme progressiste qui parle d’intersectionnalité, de racisme systémique, de minorités de genre ; de l’autre, des militantes issues de la droite radicale qui se saisissent du mot féminisme pour défendre les frontières, l’Occident, la sécurité. Entre les deux, un champ de ruines idéologique où chacun accuse l’autre de trahir les femmes. C’est cette confrontation, brutale et sans filtre, que nous allons dérouler ensemble, en prenant au sérieux ce que les unes disent, et ce que les autres taisent.
Le féminisme de gauche a-t-il abandonné une partie des femmes ?
Si des jeunes femmes diplômées, souvent issues de milieux urbains, se tournent vers un collectif catalogué à l’extrême droite, ce n’est pas par simple goût du scandale. Elles racontent un quotidien fait d’agressions verbales, de regards insistants, de trajets de nuit sous tension, et ont le sentiment que le féminisme de gauche répond à ces expériences par des concepts plutôt que par des solutions. Nous voyons monter chez elles une impression de déconnexion, comme si certaines violences étaient relativisées dès qu’elles impliquent des hommes perçus comme dominés, immigrés ou issus de l’islam.
Ce ressentiment nourrit l’idée d’un abandon : quand elles entendent que pointer la dimension culturelle ou migratoire de certaines violences serait “stigmatisant”, elles ont le sentiment qu’on leur demande de se taire pour préserver un récit politique. Ce qu’elles vont chercher chez Némésis, c’est un langage sans euphémisme, qui nomme frontalement des agresseurs, des quartiers, des pratiques. En acceptant cette parole crue, on entre dans une zone inconfortable, mais c’est là que se joue une part du basculement vers la droite dure.
Qui est vraiment le Collectif Némésis ? Origines, réseaux, méthodes
Le Collectif Némésis naît dans un contexte précis : montée des violences médiatisées contre les femmes, débats sur l’immigration, traumatisme des agressions de la Saint‑Sylvestre en Allemagne, libération de la parole avec #MeToo, et sentiment que le féminisme dominant ne prend pas suffisamment en compte l’insécurité dans l’espace public. Au cœur de ce mouvement, on retrouve des figures comme Alice Cordier, qui revendiquent un refus net du féminisme jugé “gauchiste”, trop obsédé par les rapports de classe et de race, pas assez par les agressions physiques et sexuelles commises dans la rue.
Némésis ne fonctionne pas comme une simple page militante isolée : il s’agit d’un collectif structuré de femmes identitaires, qui gravite autour d’un écosystème politique bien précis. On retrouve des proximités idéologiques et parfois militantes avec des organisations comme l’Action française, Génération identitaire, la Cocarde étudiante, les Zouaves, des courants liés à Reconquête ou encore des mouvements identitaires européens comme CasaPound. Ce maillage ancre Némésis dans une tradition de droite radicale, loin de l’image d’un groupe spontané né uniquement de la colère féminine.
Un féminisme identitaire assumé : ce que Némésis reproche au féminisme de gauche
Le cœur du discours de Némésis repose sur une accusation précise adressée au féminisme de gauche : celui-ci se serait dissous dans la convergence des luttes, donnant la priorité à l’antiracisme, aux minorités LGBT+, aux causes migratoires, au détriment de la sécurité concrète des femmes dans l’espace public. Selon elles, les violences commises par des hommes immigrés ou issus de certaines pratiques religieuses seraient minimisées, quand elles ne sont pas passées sous silence, pour ne pas alimenter un discours jugé raciste. Ce qui les choque, ce n’est pas seulement le déni supposé, mais la hiérarchie implicite des victimes que cela dessine.
Némésis assume un féminisme identitaire, centré sur la défense des femmes “occidentales” ou “européennes”, qu’elles estiment menacées par l’immigration extra‑européenne et l’islam politique. Dans cette vision, le féminisme devient un outil au service d’un projet civilisationnel : protéger une culture, des normes, un mode de vie. Ce positionnement s’inscrit dans ce que certains appellent le fémonationalisme, où la défense des femmes sert de levier à une politique de fermeture migratoire. On peut juger cette stratégie dangereuse, mais il faut reconnaître qu’elle parle à une partie de l’électorat de droite en quête de repères clairs.
Actions coup de poing et bataille de l’image : la stratégie médiatique de Némésis
Lorsque Némésis se montre dans la rue, ce n’est jamais au hasard. Le collectif multiplie les actions coup de poing : irruption dans les marches #NousToutes, banderoles déployées en plein cortège, happenings en burqa ou niqab pour dénoncer l’islamisme, slogans ciblant “l’immigration de masse” ou la “haine des femmes” dans certains quartiers. Ces interventions sont calibrées pour provoquer des réactions fortes, créer des images qui tournent vite sur les réseaux sociaux, avec un mélange d’esthétique militante et de codes de l’extrême droite.
On peut lire ces actions comme une forme d’agit‑prop contemporaine : mises en scène visuelles, slogans courts, scénarios pensés pour générer à la fois indignation et visibilité. Les militantes de Némésis s’installent sur des lieux symboliques comme le Trocadéro ou le Palais Garnier, s’invitent aux abords de manifestations pro‑migrants, visent des associations accusées de complicité avec des agresseurs. Nous voyons là une volonté de rompre avec le militantisme féministe traditionnel, plus institutionnel, plus consensuel, au profit d’un activisme conquérant, typique des mouvances radicales.
Valeurs, lignes rouges et ambiguïtés : ce que porte (et ce que nie) Némésis
Derrière les slogans, Némésis défend une vision très marquée de la société. Le collectif concentre presque toute son analyse des violences faites aux femmes sur l’immigration extra‑européenne, les normes culturelles importées et l’islam politique. Il se présente comme défenseur d’une “civilisation européenne épanouissante pour les femmes”, supposée offrir une protection et des droits que menaceraient les vagues migratoires et certaines formes de religiosité. Cette perspective laisse peu de place à d’autres facteurs de violences, comme le sexisme endogène, les inégalités économiques ou les structures patriarcales internes aux sociétés occidentales.
Sur les questions sociétales, Némésis se situe dans une ligne très conservatrice : critique des évolutions autour de la PMA et de la GPA, suspicion envers ce qu’il perçoit comme une banalisation de l’avortement, remise en avant d’une complémentarité stricte entre hommes et femmes, refus explicite d’inclure les femmes trans dans la catégorie “femmes”. Ce féminisme se veut protecteur, mais il est profondément normatif, reposant sur des frontières identitaires et biologiques rigides. C’est là que se loge une ambiguïté troublante : au nom de la défense des femmes, le collectif trace des exclusions très nettes, quitte à réduire la pluralité des expériences féminines à un schéma unique.
Ce que le féminisme de gauche répond (et ce qu’il esquive)
Face à Némésis, les collectifs féministes de gauche, de nombreuses chercheuses en études de genre et une grande partie des médias réagissent avec virulence. Ils dénoncent un mouvement raciste, islamophobe, transphobe, accusé de détourner la cause des femmes pour servir un agenda identitaire hostile aux minorités. Ils rappellent que les violences sexistes traversent toutes les classes sociales, toutes les origines, et que réduire ce phénomène global à la seule question migratoire revient à ignorer la structure patriarcale de nos sociétés. Cette réponse s’appuie sur une cohérence théorique solide, mais se heurte souvent à la brutalité des faits divers exploités par Némésis.
Dans le même temps, une zone d’ombre persiste. Beaucoup de militantes de gauche peinent à traiter frontalement certains sujets : délinquance importée, insécurité dans des quartiers périphériques, pratiques sexistes liées à des normes religieuses ou communautaires spécifiques. Dès que l’on aborde ces thèmes, le spectre de “faire le jeu de l’extrême droite” surgit, ce qui conduit nombre d’acteurs à se censurer ou à parler par euphémismes. C’est dans ce silence que Némésis se glisse, en prétendant dire ce que les autres n’oseraient pas formuler.
Tableau : deux féminismes irréconciliables ?
Pour clarifier les lignes de fracture, nous pouvons comparer, point par point, le positionnement du Collectif Némésis et celui du féminisme de gauche. Ce tableau n’épuise pas le sujet, il offre un repère rapide pour comprendre pourquoi le dialogue semble si difficile entre ces deux camps.
| Point clé | Collectif Némésis | Féminisme de gauche |
|---|---|---|
| Définition de la “femme” | Catégorie fondée sur le sexe biologique, refus de l’inclusion des femmes trans | Catégorie ouverte, prise en compte des identités de genre et des expériences minoritaires |
| Rapport à l’immigration | Immigration extra‑européenne vue comme facteur central des violences sexistes | Analyse structurelle du patriarcat, méfiance envers les amalgames liant immigration et violence |
| Vision de l’islam | Religion perçue comme intrinsèquement oppressive pour les femmes, focus sur le voile | Approche nuancée, distinction entre pratiques croyantes et dérives intégristes, peur de la stigmatisation |
| Place des personnes trans | Exclusion des femmes trans, défense d’un espace non mixte strictement biologique | Inclusion revendiquée, articulation entre transphobie et sexisme |
| Rapport à l’État et aux politiques publiques | Attente de fermeté migratoire et sécuritaire, critique des politiques jugées laxistes | Demandes de moyens contre les violences sexistes, orientation sociale, droits des minorités |
| Stratégie militante | Actions coup de poing, provocation, mise en scène médiatique identitaire | Mobilisations de masse, travail associatif, ancrage universitaire et institutionnel |
Quand l’extrême droite se fait “vigie féministe” : opportunisme ou vide laissé par la gauche ?
Voir des militantes issues de la droite radicale se présenter comme défenseures des femmes bouleverse les repères politiques classiques. Nous assistons à un mouvement stratégique de long cours : l’extrême droite se féminise, soigne son image, récupère des thématiques naguère associées à la gauche, comme la protection contre les violences sexuelles ou le harcèlement de rue. En mettant l’accent sur la sécurité, la frontière et la culture, elle occupe un terrain laissé exposé, celui des peurs quotidiennes que beaucoup de femmes ressentent dans l’espace public.
Nous devons reconnaître qu’il y a à la fois opportunisme et réaction à un vide. Opportunisme, parce que la souffrance des femmes devient un levier pour justifier des politiques migratoires dures et un discours sécuritaire renforcé. Vide, parce que la gauche, enfermée dans une posture morale, hésite parfois à nommer certains problèmes quand ils touchent des groupes qu’elle considère comme dominés. Ce décalage ouvre un espace idéologique que Némésis exploite avec habileté, quitte à fracturer encore un peu plus le champ féministe.
Ce que Némésis révèle de nos lâchetés collectives
L’existence du Collectif Némésis nous renvoie un miroir peu flatteur. Elle expose un féminisme fragmenté, où les camps se parlent par anathèmes, où les expériences de rue des femmes modestes ou périphériques pèsent moins que les codes d’un milieu militant très urbain. Nous voyons se juxtaposer deux refus : refus, côté gauche, d’admettre que certains faits de violences ont une dimension culturelle ou migratoire ; refus, côté identitaire, de considérer les femmes comme autre chose que la vitrine d’une bataille civilisationnelle.
Au fond, la question posée est brutale : qui parle vraiment pour les femmes qui prennent le dernier RER, qui rentrent tard en périphérie, qui changent de trottoir sans en faire un post militant ? Tant que ceux qui se revendiquent du camp progressiste éviteront de regarder ces réalités sans filtre, les mouvements les plus durs continueront à occuper le terrain, à leur façon, avec un discours tranchant qui rassure autant qu’il inquiète. Et si nous n’acceptons pas d’ouvrir les yeux, ils se chargeront de le faire à notre place, en rappelant qu’on ne laisse pas indéfiniment le champ libre à ceux qui n’ont plus peur de parler fort.












































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