jean louis borloo

Quelles sont les fonctions précédentes de Jean-Louis Borloo ?

Il y a des noms qui reviennent sur le devant de la scène sans qu’on sache vraiment pourquoi, sinon parce qu’ils incarnent une forme de stabilité rassurante. Jean-Louis Borloo fait partie de ceux-là. Voilà un homme qui a occupé presque tous les grands ministères de la République sans jamais chercher à décrocher l’Élysée, et dont le nom refait surface aujourd’hui dans les discussions autour de Matignon . Nous avons voulu retracer, poste après poste, ce parcours qui va des cabinets d’avocats d’affaires jusqu’aux ors du gouvernement, en passant par une mairie du Nord et dix années ministérielles quasi ininterrompues. Vous allez voir, ce trajet raconte autant l’homme que les mutations de la vie politique française.

Avant la politique, l’avocat d’affaires qui a côtoyé Bernard Tapie

Peu de gens le savent, mais Jean-Louis Borloo n’a pas commencé par un bureau au Palais Bourbon. Diplômé d’HEC en 1976, il exerce d’abord comme avocat d’affaires dès le début des années 1970, un métier où il se forge une réputation de négociateur redoutable et où il croise la route de Bernard Tapie. C’est dans ce milieu du droit et des affaires qu’il développe un sens du deal et une aisance à s’affranchir des codes traditionnels, deux traits qui marqueront toute sa carrière publique par la suite.

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Son intervention pour sauver le Football Club de Valenciennes de la faillite en 1986 constitue en réalité le vrai tournant. C’est cette mission, presque anodine à l’époque, qui le sensibilise aux difficultés économiques et sociales du Nord, et qui le pousse à s’intéresser de près à la vie politique locale.

Maire de Valenciennes, le tremplin politique

En 1989, Jean-Louis Borloo tente un pari qui semble alors risqué : mener une liste issue de la société civile, sans étiquette partisane marquée, pour conquérir la mairie de Valenciennes. Le résultat dépasse toutes les attentes puisqu’il est élu avec plus de 76% des voix au second tour. Ce score fait de lui une figure locale incontournable, bien avant qu’il ne devienne ministre.

À la tête de la ville, il s’attache à revaloriser l’agglomération et contribue notamment à l’implantation d’une usine Toyota, un projet industriel qui transforme durablement le bassin d’emploi valenciennois. Il restera maire jusqu’à sa démission en mai 2002, un mandat local qui a précédé et nourri toute sa trajectoire ministérielle ultérieure.

Député du Nord et figure de l’UDF puis de l’UDI

Le virage parlementaire s’amorce dès 1989 avec un mandat de député européen sur la liste UDF de Simone Veil, puis se confirme véritablement en 1992 avec son élection comme député de la 21e circonscription du Nord, un siège qu’il conservera sans discontinuer jusqu’en 2002. Il adhère à la Nouvelle UDF en 1998 et en devient le porte-parole en 2001, occupant une place centrale dans ce courant centriste alors en pleine recomposition.

Cette longévité parlementaire n’est pas anecdotique. Elle explique en grande partie la légitimité dont il jouira plus tard au gouvernement, et elle préfigure aussi la création du Parti radical puis de l’Union des démocrates et indépendants en 2012, formation qu’il présidera jusqu’en 2014.

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Dix ans de ministères sans interruption sous Chirac et Sarkozy

C’est là que le personnage prend toute sa dimension. À partir de mai 2002, sous la présidence de Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo enchaîne les portefeuilles ministériels de manière quasiment continue jusqu’en 2010, un exploit rarissime sous la Ve République où les remaniements emportent habituellement les carrières en quelques mois.

PériodeFonction ministérielleGouvernement
2002-2004Ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaineRaffarin
2004-2007Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion socialeRaffarin puis Villepin
mai à juin 2007Ministre de l’Économie, des Finances et de l’EmploiFillon
2007-2010Ministre d’État, ministre de l’Écologie, de l’Énergie et du Développement durableFillon

Cette capacité à passer d’un portefeuille social à un poste économique, puis à un ministère aussi technique que l’écologie, en dit long sur son adaptabilité. Nous y voyons surtout la preuve qu’il a su se rendre indispensable à deux présidents que tout opposait par ailleurs sur bien des sujets.

L’invention de l’ANRU, son empreinte la plus durable

Si l’on devait retenir une seule réalisation de son passage au gouvernement, ce serait sans doute celle-là. En 2003, il fait voter la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, qui donne naissance à l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, mise en place en février 2004 . Ce n’est pas un simple texte de loi parmi d’autres, c’est un outil qui a transformé physiquement des centaines de quartiers en France, avec des résultats encore visibles aujourd’hui.

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À titre personnel, nous trouvons que cette réalisation pèse plus lourd dans son bilan que son passage à Bercy ou même à l’Écologie, deux ministères où il a davantage géré l’existant que construit quelque chose de nouveau. L’ANRU reste son geste politique le plus concret, celui qui survit à ses mandats.

Le retrait de la vie politique en 2014

Retour de manivelle en 2010, quand un remaniement le pousse hors du gouvernement. Il redevient alors simple député, avant de fonder l’UDI en 2012 et de retrouver un siège de parlementaire. Mais le 6 avril 2014, affaibli par une pneumonie, il annonce son retrait total de la vie politique, estimant ne plus avoir l’énergie nécessaire pour continuer.

Ce silence ne durera pourtant pas éternellement. Dès 2017, il apporte publiquement son soutien à Emmanuel Macron, qui lui confie le pilotage d’un plan pour la politique de la ville, projet dont seule une infime partie sera finalement retenue, à sa grande déception. Il renouvelle ce soutien en 2022, tout en présidant depuis 2015 une fondation pour l’électrification du continent africain.

Ce que son parcours dit de son retour possible aujourd’hui

Cet été, son nom circule à nouveau avec insistance pour Matignon, porté par des soutiens venus aussi bien de la droite que de la gauche du Parti socialiste . L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin le décrit comme quelqu’un de très habile qui connaît bien les complexités des choses, tandis que d’autres évoquent un profil capable de renverser la table.

Interrogé directement sur une éventuelle nomination, l’intéressé reste prudent, refusant le petit jeu du coup de fil et rappelant qu’il faudrait avant tout qu’un projet soit mis en œuvre. Voilà bien le paradoxe Borloo : un homme qui a occupé presque tous les ministères régaliens ou sociaux de la République, sans jamais avoir dirigé le gouvernement lui-même, et dont l’absence de ce titre finit, aujourd’hui, par constituer sa force.

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