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Barbare Civilisé (YouTube / Médias) : Décryptage d’une chaîne axée sur l’histoire et la discipline

Il est tard, vous cherchez une vidéo pour la route, et vous tombez sur 44 minutes de parole, sans décor, sans animation, sans effets de montage. Vous vous dites que vous regarderez cinq minutes. Une heure plus tard, vous y êtes encore. Pourquoi un format aussi austère retient-il autant ?

Nous avons passé du temps sur la chaîne Barbare Civilisé, sur ses entretiens et sur ce que la presse en a dit. Nous vous donnons notre lecture, avec un avis assumé : ce n’est pas une chaîne d’histoire comme les autres, et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

Un employé de salle de sport qui lit Nietzsche : l’origine de la chaîne

Derrière le pseudonyme, il y a Simon Bavastro. Son parcours scolaire n’a rien d’une trajectoire de philosophe : un bac STMG option marketing, puis un BTS de commerce international, des passages dans la restauration rapide et un poste d’agent d’accueil dans une salle de sport. À 23 ans, il expliquait regretter de n’avoir pas pu faire de philosophie au lycée, et avoir préféré lancer des vidéos plutôt que de laisser ses notes sur Nietzsche dormir dans des cahiers.

Ce décalage nous frappe. Nous sommes loin de l’image du normalien en bibliothèque. Son déclic, il le raconte lui-même : il a commencé par les conseils de lecture vus sur YouTube, puis par les Pensées de Marc Aurèle, avant d’attaquer Nietzsche et Dostoïevski. C’est un autodidacte pur jus de l’ère YouTube, avec ses forces (la faim, la liberté de ton) et ses limites (le manque de garde-fous académiques). Reste à comprendre d’où vient ce nom étrange.

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Pourquoi ce nom, « Barbare Civilisé » ?

Il s’agit d’un pseudonyme, il le dit lui-même en entretien : ce n’est pas son vrai nom, il s’appelle Simon. Le paradoxe fonctionne tout seul : un mot qui évoque la brutalité, accolé à un mot qui évoque la culture. Le résultat donne le programme de la chaîne, à savoir l’instinct d’un côté, l’héritage classique de l’autre, avec en fond sonore de la musique classique plutôt que du rap.

Selon nous, c’est une réussite de marque. Deux mots suffisent pour qu’on retienne l’ambiance, et ils annoncent une tension qu’on retrouve dans chaque vidéo. Cette tension, la chaîne ne l’a pas toujours exploitée sur les mêmes terrains, comme nous allons le voir.

De Nietzsche au Liban : comment la chaîne est passée à l’histoire

Au départ, la chaîne se concentre sur Nietzsche, avec des vignettes qui reprennent les codes du mème. Ses audiences ont décollé début 2020, quand Simon Bavastro a commencé à construire ses vidéos autour des concepts du philosophe, avec des titres comme « Le Rap et la morale d’esclave » ou « Les boomers avant le nihilisme ». Puis le format s’est allongé, et les sujets se sont élargis vers la géopolitique et les sociétés.

Ce tableau résume l’évolution que nous avons pu documenter :

PériodeType de sujetExemple de vidéo
Début 2020Philosophie appliquée, culture internet« Le Rap et la morale d’esclave »
2021 et 2022Entretiens, art, beauté, parcours personnelEntretiens publiés sur d’autres chaînes
Juillet 2023Histoire et géopolitique, format long (44 minutes)« Entre Orient et Occident, un pays en ruines »
Formats récentsSociété et territoires« La descente aux enfers de la Scampia »

Précisons un point : nous parlons ici de vulgarisation portée par un point de vue, pas de recherche universitaire. Cela change la manière de regarder ces vidéos, et nous y revenons dans un instant avec la question de la discipline.

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La discipline : le vrai fil rouge

Si vous cherchez ce qui relie les vidéos sur Nietzsche aux formats d’histoire, ce n’est pas un thème, c’est une méthode. La discipline apparaît à trois endroits précis :

  • La prise de notes : la chaîne est née de cahiers de lecture, que Simon Bavastro a choisi de transformer en vidéos plutôt qu’en blog.
  • La régularité du travail : il a monté ses premières vidéos en autodidacte, puis a continué à produire des formats de plus en plus longs.
  • L’artisanat de l’atelier Missor : les bustes de Nietzsche, de Napoléon et de Dostoïevski sont sculptés et vendus depuis le printemps 2020, et l’atelier employait déjà 18 personnes en 2021.

Ce que nous aimons là-dedans, c’est que la discipline n’est pas présentée comme un sermon. Elle se voit : un cahier devenu vidéo, une vidéo devenue entreprise, une entreprise qui fait travailler des gens. Un discours sur la volonté vaut peu s’il ne laisse aucune trace, et ici il en laisse.

Un style qui polarise : ce qui séduit, ce qui dérange

Ce qui séduit, c’est d’abord le ton : direct, sans précaution oratoire, nourri de culture internet. Les formats longs jouent aussi pour lui, à rebours des vidéos de six secondes que Simon Bavastro critique lui-même dans un entretien, en les accusant de ruiner notre rapport à l’effort et à la récompense. Pour un public jeune qui cherche des repères, l’effet est puissant.

Ce qui dérange, c’est le positionnement. La presse a rangé la chaîne parmi les youtubeurs qui lisent Nietzsche contre les valeurs progressistes, et Simon Bavastro revendique lui-même un ancrage conservateur, attaché à l’héritage. Un germaniste spécialiste de Nietzsche, interrogé sur ces vidéos, doutait que l’on puisse traiter la volonté de puissance en huit minutes. Notre avis est simple : regardez ces contenus comme des points de vue, pas comme des cours, et recoupez toujours ce qui vous marque avec des sources universitaires.

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Où se situe-t-elle parmi les chaînes d’histoire francophones ?

Comparons avec quelques repères du paysage francophone. Le tableau ci-dessous met en regard trois démarches très différentes :

ChaîneApprocheTonFormatPublic visé
Barbare CiviliséPhilosophie et histoire portées par un parcours personnel, lecture conservatriceDirect, frontal, assuméVidéos parlées, souvent de 40 minutes et plusJeunes adultes en quête de repères
C’est une autre histoire (Manon Bril)Historienne docteure en histoire contemporaine, approche ouvertement progressisteHumoristiqueAnimation, vidéos courtes, podcast, spectacleGrand public curieux
Julien RochedyConférence sur Nietzsche lue à droiteProvocateurConférence de trois heures en vingt-deux partiesJeunes politisés à droite

La différence essentielle, que beaucoup d’articles passent sous silence, tient ici : Barbare Civilisé n’est pas une chaîne d’histoire pure. C’est d’abord un parcours personnel, celui d’un jeune homme qui se construit en public. L’histoire y est un outil, pas une fin.

Les chaînes liées et les collaborations à connaître

Si vous voulez aller plus loin, plusieurs portes d’entrée existent. Simon Bavastro a sa chaîne personnelle, puis PaideiaCast, et ses apparitions chez d’autres créateurs en disent beaucoup sur son réseau. Nous retenons surtout :

  • l’entretien « Prohibé » de Christopher Lannes, qui dure 2 h 10 et dresse un portrait philosophique de l’invité ;
  • l’entretien de Livre Noir, d’environ 39 minutes, centré sur Nietzsche, Dostoïevski et la beauté ;
  • la Radio Libre de Dany et Raz, un format de discussion plus décontracté ;
  • une vidéo sur la broscience avec Élio Avila Muñoz, et une autre sur l’art et la beauté avec Le Précepteur.

Un détail en passant : la chaîne principale affichait environ 103 000 abonnés pour un nombre de vidéos publiques très limité, ce qui montre une audience fidèle plutôt qu’un volume de contenus. Ces chiffres bougent vite, vérifiez-les directement sur la page de la chaîne avant de les citer.

Par où commencer et comment regarder ?

Pour ne pas vous perdre, voici un parcours en trois étapes, du plus accessible au plus dense :

  1. L’histoire : « Entre Orient et Occident, un pays en ruines », une vidéo de 44 minutes sur le Liban, mise en ligne en juillet 2023.
  2. La philosophie : « Le Rap et la morale d’esclave », pour comprendre le point de départ de la chaîne et son rapport à Nietzsche.
  3. Le parcours : l’entretien de Livre Noir, pour mettre un visage et une histoire sur le pseudonyme.

Regardez ces vidéos avec un carnet à côté, comme leur auteur l’a fait à ses débuts : notez ce qui vous convainc, puis ce qui vous résiste. La constance ne coûte pas de l’énergie, elle coûte des années de soirées où personne ne regarde.

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