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Laurent Delahousse : pourquoi la CGT réclame la démission de toute l’équipe du 20H

Dimanche soir, la télé est allumée. À l’écran, des poubelles en feu, des vitrines pulvérisées, des pavés qui volent. Vous vous demandez s’il faut vraiment montrer ça, ou s’il vaut mieux détourner les yeux. Un syndicat, lui, a tranché : filmer cela mérite un renvoi collectif. Nous pensons que réclamer la tête de tout un journal parce qu’il a montré le chaos, c’est s’en prendre au messager. Voici les faits du communiqué, ce que la direction a reconnu, et pourquoi la demande ne tient pas.

Ce que la CGT a écrit noir sur blanc sur le 20H du 18 octobre

La CGT de France Télévisions a publié ce communiqué le 20 octobre 2026. Il vise le journal de France 2 du dimanche 18 octobre, présenté par Laurent Delahousse, et plus précisément un reportage intitulé « Au cœur des violences ». Le texte parle d’un « clip de propagande », d’un « narratif nauséabond » qui « décrédibilise les manifestants du 17 octobre ». Il affirme aussi que « toute l’équipe a failli et doit démissionner ».

Le syndicat reproche à la rédaction de ne pas avoir laissé la parole aux manifestants et accuse le 20H de « fascination pour la violence ». Nous lisons ces mots et nous nous arrêtons : on parle ici d’un reportage, pas d’un scandale financier. Le vocabulaire employé ressemble davantage à un tract qu’à une analyse éditoriale. Reste à voir ce que montrait réellement ce sujet.

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Un reportage de 12 minutes : ce qu’il montrait vraiment

Le sujet durait douze minutes, presque sans commentaire. Il plongeait en immersion dans les violences de la veille, notamment place de la République à Paris : mobilier urbain démonté, gaz lacrymogènes, casseurs jetant des pavés face aux CRS. Il a été diffusé après 20h40, dans un format long produit par les magazines, et non dans le déroulé classique du journal.

Le détail qui fâche la CGT concerne Jean-Luc Mélenchon. Après plusieurs minutes d’images de casse, le reportage lui donne la parole : il y juge la mobilisation de la jeunesse plus puissante que Mai 68. Le syndicat y voit un « contre-sens évident » qui mélange mouvement social et violences. Voici les griefs face à la réponse de la direction :

Reproche du syndicatCe que dit la direction ou ce que montre le sujet
Un « clip de propagande »Un format long en immersion, produit par les magazines, que la direction reconnaît avoir mal distingué du 20H
Les revendications des manifestants ignoréesL’amorce distinguait deux histoires parallèles : une manifestation pacifique et des scènes de pure violence
Confusion créée par l’intervention de MélenchonLe bandeau et le commentaire n’étaient pas assez lisibles, admet la direction

Choix éditorial discutable ou complot contre la rue ? Nous penchons nettement pour la première option. Et sur ce point, la direction elle-même a fini par donner raison aux critiques, du moins en partie.

Quand la direction elle-même reconnaît un défaut de contexte

Le mardi, Philippe Corbé, directeur de l’information de France Télévisions, a répondu dans un billet signé par le médiateur du groupe, Pascal Doucet-Bon. Il écrit que la chaîne aurait dû être « plus précise dans le montage, la contextualisation et le commentaire ». Il rappelle que Laurent Delahousse avait bien annoncé un document en immersion, mais que le bandeau n’était pas assez clair. Il ajoute : « Cela n’était pas suffisant, nous ne pouvons que le regretter. »

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Nous le disons franchement : ce mea culpa est honnête, et il ne manque pas de courage. Mais il y a un monde entre « nous aurions dû mieux expliquer » et « tout le monde dehors ». Une erreur de présentation se corrige par un meilleur bandeau, pas par un plan social. Reste que la critique n’est pas venue que de la CGT, ce qui mérite un détour.

La CFDT critique aussi : pourquoi ce n’est pas le même combat

La CFDT de France Télévisions parle d’une « ligne rouge déontologique » franchie. Elle déplore un traitement qui, selon elle, « fait le lit du RN » et de l’obsession sécuritaire. Le président de la Société des journalistes, Valéry Lerouge, a qualifié la séquence d’« ovni » et de « dérapage total et non contrôlé », en assurant que la rédaction était largement unanime sur ce point.

Voilà qui change la lecture : la gêne existe réellement, y compris à l’intérieur de la maison. Mais la méthode diffère. La CFDT ne réclame aucune démission, elle veut porter ses critiques devant la commission de déontologie et précise qu’elle ne met pas en cause les reporters de terrain. Seule la CGT demande des têtes. Cette nuance, nous la trouvons décisive.

Réclamer des démissions : le vrai problème de fond

Pour la CGT, le 20H est un « porte-parole du ministre de l’Intérieur », une « télé de préfecture ». La formule est séduisante, mais elle revient à dire qu’un journal qui montre des violences devient l’allié de ceux qui les combattent. Nous refusons ce raccourci : montrer des émeutes n’est pas les soutenir, et ce n’est pas non plus insulter les manifestants pacifiques. Un syndicat qui décide de ce qu’une rédaction a le droit de montrer se pose en censeur.

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Le communiqué laisse de côté trois éléments pourtant visibles :

  • le reportage distinguait dès l’amorce la manifestation pacifique des scènes de violence ;
  • la direction a reconnu publiquement ses insuffisances, ce qui montre un système de contrôle qui fonctionne ;
  • des instances de recours existent déjà, comme la commission de déontologie et le médiateur, et la CFDT les utilise.

Ce que la CGT demande dépasse donc la critique : elle réclame une sanction collective, sans distinguer ceux qui ont décidé de ceux qui ont exécuté. Voyons à présent ce que cela change pour vous, qui regardez le journal.

Ce que le téléspectateur retient de cette polémique

Vous allumez le JT pour comprendre ce qui se passe dans votre pays. Les images de violences ont choqué les Français, et vous avez le droit de les voir sans qu’on vous les cache par précaution. Nous sommes convaincus que dissimuler le désordre n’a rien d’un pluralisme : c’est une façon de décider à votre place de ce que vous pouvez supporter.

À ce stade, aucune démission n’a été annoncée et nous n’avons trouvé aucune décision de la direction en ce sens. La commission de déontologie sera saisie, le débat sur la place des violences dans la couverture des manifestations continue, et il est sain qu’il ait lieu. Il y a pourtant une différence qu’aucun communiqué n’effacera : filmer le désordre, ce n’est pas le provoquer.

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