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Simon Le Baron : journaliste ou militant politique ?

Mercredi 28 octobre, 8h30, matinale de franceinfo. À peine l’interview commencée, l’invitée retourne la question à l’intervieweur : « Êtes-vous un militant de gauche ? ». Vous payez la redevance, ou plutôt l’impôt qui l’a remplacée, et vous vous demandez sans doute ce que vous financez au juste. Une interview tendue relève-t-elle du travail journalistique ou d’un parti pris ? Nous avons relu les comptes rendus, croisé les versions et regardé qui dit quoi. Nous allons aussi examiner si le traitement réservé aux invités est le même pour tous, car une dispute ne prouve rien tant qu’on ne la compare pas à autre chose.

Une matinale qui dérape en direct : ce qui s’est vraiment passé

Le 28 octobre 2026, Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête, est l’invitée du « 8h30 franceinfo », face à Simon Le Baron et Audrey Tison. L’échange dure plus de vingt minutes selon les sources, et la tension ne retombe jamais. Elle venait aussi présenter son livre « Le casse du siècle », mais le fond de l’entretien a vite disparu derrière la forme.

Voici les moments que tous les comptes rendus retiennent :

  • Dès l’ouverture, Simon Le Baron présente Éric Zemmour comme « multicondamné pour incitation à la haine raciale » et demande à l’invitée si elle condamne l’attentat raciste de Trappes. Elle répond « Évidemment », puis s’indigne de la question. Il rétorque : « Ce sont les faits ».
  • Audrey Tison juge « laconique » le tweet de l’élue et demande si elle qualifie l’attaque de raciste. Sarah Knafo réclame qu’on lise ses deux messages en entier. Le journaliste lui répond qu’elle ne fixe pas les règles du plateau.
  • Elle tente de lire les noms de victimes d’attentats djihadistes. Les journalistes l’interrompent en rappelant qu’il s’agit d’une interview et non d’un meeting.
  • Elle lui demande s’il est un militant de gauche, puis l’interroge sur le racisme anti-Blancs. Il répond : « Je condamne tous les racismes ».

Tout cela se déroule quelques jours après l’attaque du 23 octobre à Trappes et La Verrière, qui a fait un mort et cinq blessés. Voyons maintenant ce que chaque camp en retient.

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Les griefs de Sarah Knafo face à la défense de franceinfo

À la sortie, Sarah Knafo dénonce « une interview lunaire », révélatrice selon elle du comportement de « militants d’extrême gauche qu’on paie avec nos impôts ». Sur X, elle parle de « deux journalistes pleins de rage » et ajoute que même les plus à gauche se demanderont pourquoi ils paient 4 milliards par an. Le Parisien relève qu’elle était venue avec une photo à l’appui, donc avec une part de préparation. Franceinfo répond par un communiqué qui évoque une « stratégie visiblement délibérée » de délégitimation. La Société des journalistes de Radio France salue pour sa part le respect irréprochable des règles déontologiques par les deux journalistes.

Une précision s’impose sur une rumeur : le site CGTV affirmait que franceinfo s’était excusée auprès de Sarah Knafo, et la station l’a formellement démentie. Nous ne bâtirons donc rien dessus. Autre point sans ambiguïté : les menaces et le harcèlement visant ces deux journalistes sont inacceptables, quelles que soient nos critiques sur la méthode. Les deux versions tiennent en quelques lignes :

Point de frictionCe que dit Sarah KnafoCe que répond franceinfo
Ton de l’interviewUne interview à charge, menée par des militantsDes journalistes qui ont exercé leur métier
FinancementDes militants payés avec les impôts des FrançaisUne tentative de délégitimer le service public
ExcusesRapportées par CGTVFormellement démenties
Réseaux sociauxUne vidéo de contre-attaque dès la sortieCondamnation des attaques et des menaces

Reste la question de fond, plus inconfortable que ce tableau : qu’attend-on exactement d’une radio publique ?

Le service public est-il tenu à une neutralité que ses interviews ne respectent pas ?

Franceinfo appartient à Radio France, dont les obligations sont fixées par un cahier des missions et des charges. Ce document définit les obligations de service public de la société et les conditions dans lesquelles elle assure la diversité et le pluralisme des programmes. L’Arcom en contrôle l’exécution et publie chaque année un rapport sur l’exécution du cahier des missions et des charges de Radio France. Nous n’allons pas prétendre que ces textes interdisent à un journaliste de poser une question dure, ce serait faux.

Notre thèse est ailleurs, et elle est simple. Un journaliste du service public a le droit d’être incisif, mais cette incisivité doit s’appliquer à tous les invités, avec le même nombre de rappels, la même insistance, le même ton. C’est une exigence d’égalité plus qu’une exigence de neutralité. Yves Thréard, directeur adjoint du Figaro, l’a dit à sa manière : le public attend d’être informé, pas de voir un journaliste chercher à mettre son interlocuteur en difficulté. Il a même parlé d’une invitée qui les a « complètement écrasés ». Nous pensons que l’argument est plus solide quand il porte sur la méthode que sur le résultat.

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Même exigence pour tous les invités ? Le test de la comparaison

Aucun média n’a mis ces entretiens côte à côte, alors nous l’avons fait. Le meilleur point de comparaison est Clémence Guetté, députée LFI et vice-présidente de l’Assemblée nationale, interrogée la veille par Audrey Tison et Simon Le Baron. Même duo, même semaine, même actualité brûlante, avec l’attentat de Trappes en toile de fond. L’entretien dure près de 25 minutes, soit la durée de celui de Sarah Knafo.

Voici ce que les comptes rendus publiés par franceinfo permettent d’établir :

CritèreClémence Guetté (LFI, 27 octobre)Sarah Knafo (Reconquête, 28 octobre)
DuréeEnviron 25 minutesEnviron 25 minutes
Sujets traitésParcoursup, colère sociale, pouvoir d’achat, commission d’enquête sur la parole racisteAttentat de Trappes, condamnations de son parti, chiffres économiques, racisme anti-Blancs
OuvertureRéforme de ParcoursupRappel des condamnations de Zemmour, puis question sur l’attentat
Compte rendu officielReprend ses déclarations : « arnaque », « arrogance folle » à propos de MacronSouligne la tension, les interruptions, la polémique
Contestation de ses chiffresAucune mention dans le compte renduDésaccord sur ses chiffres économiques
Suites médiatiquesAucune polémiqueCommuniqué de franceinfo, prise de position de la SDJ

Lisez la première colonne avec attention. La députée insoumise traite Emmanuel Macron d’arrogant, qualifie les annonces du gouvernement d’« arnaque », et annonce vouloir redéposer une commission d’enquête sur la libération de la parole raciste. Le compte rendu de la station restitue tout cela sans le moindre contrepoint. Cela ne prouve pas qu’elle n’a pas été relancée, mais le résumé officiel n’en dit rien. Même si l’écart est en partie dû aux invités, il se voit.

Notre lecture est assumée : une rédaction qui ouvre l’entretien d’une élue de droite en rappelant les condamnations de son chef de file, et celui d’une élue de gauche sur sa réforme de Parcoursup, applique deux grilles. L’une est un interrogatoire, l’autre une conversation. Ce n’est pas illégal, mais ce n’est pas l’égalité de traitement qu’on attend d’un média financé par tous. Le test est à votre portée : écoutez les deux replays, chronométrez les interruptions, et regardez qui reçoit un rappel judiciaire en première minute.

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Une question suit logiquement : demande-t-on à un invité insoumis de condamner d’emblée les propos de ses alliés avec la même insistance ? Nous n’avons trouvé aucune trace d’un tel moment, et si vous en connaissez un, il mérite d’être versé au dossier. En attendant, une chose reste certaine : on ne soupçonne pas tout le monde de la même façon.etien interroge, et c’est précisément cette différence que nous vous invitons à mesurer. Reste à savoir où se situent, dans l’interview du 28 octobre, les questions défendables et celles qui le sont moins.

Questions légitimes ou questions orientées : où tracer la ligne ?

Commençons par ce qui tient. Rappeler les condamnations de Zemmour relève du fait judiciaire, et un journaliste n’a pas à s’en excuser. La question sur l’attentat de Trappes peut aussi se défendre : le tweet de l’élue ne contenait pas le mot « raciste », ce que Le Parisien confirme. Seulement, elle l’a condamné dès la première réponse, et la relance a continué malgré tout. Là, nous y voyons moins une demande d’information qu’une volonté d’obtenir un aveu.

Le point qui nous gêne le plus tient à la présentation d’ouverture. Placer la condamnation d’un tiers dans la bouche de la première question, c’est installer un soupçon avant la moindre réponse. Le même procédé aurait-il été appliqué à un invité de gauche, avec le rappel des affaires de son chef de file ? Nous aimerions le croire, mais nous attendons de le voir. Quant aux échanges sur le « grand remplacement » et sur le racisme anti-Blancs, l’invitée y a mis autant de provocation que les journalistes de fermeté. Ce qui, au passage, rend le dossier moins simple que les deux camps ne le prétendent.

Parcours et signaux : ce que l’on sait de Simon Le Baron

Simon Le Baron a 38 ans et il est diplômé de l’École de journalisme de Toulouse. Il entre à Radio France en 2011 sur le réseau local ICI Maine et Armorique (ex-France Bleu), rejoint la rédaction de franceinfo l’année suivante, puis passe par le service politique, où il suit le Rassemblement national, Les Républicains et l’Assemblée nationale. En 2020, il passe à France Inter comme journaliste politique chargé de l’Élysée, avant de devenir grand reporter et joker de la matinale. Il a couvert des zones de conflit comme l’Ukraine, et sa page franceinfo reprend notamment un reportage à Kherson sous la menace des drones.

Sa prise de la matinale de franceinfo a été annoncée le 26 mai, pour la rentrée. Dans les sources consultées, nous n’avons trouvé aucune appartenance partisane documentée, ni militantisme déclaré. Strategies le décrit même comme « pas un homme de réseau ». Il faut donc distinguer un militant déclaré d’un journaliste dont on conteste le style. Ce que nous pouvons lui reprocher, c’est une méthode, pas une carte de parti.

Ce que les Français peuvent exiger de l’audiovisuel public

Si vous estimez qu’un traitement est déséquilibré, vous avez des leviers concrets. Voici ceux qui existent :

  • Saisir l’Arcom via son site, qui contrôle l’exécution du cahier des missions et des charges.
  • Écrire au médiateur de franceinfo ou à celui de Radio France, en citant l’émission, la date et le passage précis.
  • Consulter les rapports annuels de l’Arcom sur le pluralisme et les obligations de Radio France.
  • Revoir le replay en entier avant de juger, car les extraits circulent toujours plus vite que le contexte.

Les menaces et le harcèlement en ligne n’ont pas leur place dans cette liste, et aucune conviction ne les excuse. Critiquer une méthode relève du débat démocratique, intimider un journaliste relève de l’abus. Notre exigence tient en une phrase : quand on finance une antenne avec l’argent de tous, on a le droit de demander que les mêmes questions soient posées avec la même rudesse à tous ceux qui s’y assoient.

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